Anonymat

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Au cœur de Paris, une famille occupait un petit appartement. Le ménage était composé de deux ingénieurs et de leur unique fille, Nadia, une adolescente de quinze ans.

Cette famille était simple, et reposait sur de bons principes. Certes, ils ne pouvaient pas tout se permettre, mais ils ne manquaient de rien. Les journées de Nadia étaient banales : elle passait son temps au lycée, et lorsqu’elle n’étudiait pas, elle consacrait son temps à son petit groupe d’amies. Nadia était en effet une fille modèle, une fille irréprochable.

Les journées de Nadia étaient simples, voire inintéressantes, jusqu’au jour où elle participa à une discussion avec ses camarades de classe où ces derniers mentionnaient un site appelé Anonymiz.com, où l’on pouvait faire de nouvelles connaissances et chatter anonymement. Selon la jeune fille, ce nom paraissait pitoyable, mais Nadia se remémorait des bribes de phrases dites par ses camarades :

« Avec ce site, tu pourras enfin te faire des amis, tu pourras parler à des garçons, toi qui t’ennuies tellement. »

L’adolescente fut immédiatement convaincue.

C’est ainsi que, prise de convulsions, brisant les règles établies entre les quatre murs de l’appartement de ses parents, Nadia balaya d’un clic son image de jeune fille modèle, se créa un compte et passa la nuit à discuter avec des inconnus.

Elle enchaîna les mensonges sur son âge, devint Diana, et tomba sur tous types d’adolescents qui lui demandaient des photos d’elle dévêtue. Puis, vers 5h du matin, Diana, 18 ans, rencontra Maxime, 20 ans, étudiant en droits, poli, compréhensif et sympathique. Nadia aimait se faire passer pour Diana, et Diana était ravie de sa rencontre avec Maxime. Tandis que Maxime, lui, adorait profiter de l’innocence de cette adolescente. Au début, il la poussait à désobéir à ses parents.

« Mais tu sais… Tu ne sors jamais. Tous tes potes sont en soirée, fais comme eux, vas-y, fais l’mur et amuse-toi. »

Au bout de deux semaines de chat, Nadia, ou devrais-je dire Diana, se mit à éprouver des sentiments envers Maxime, et ce dernier l’aimait aussi. Il était doux, mais influent. A force de lui parler, la jeune fille prit confiance en elle, et remit en question l’éducation qu’elle avait reçue : elle en conclut qu’elle était emprisonnée par ses parents beaucoup trop aimants. Puis, au lycée, l’adolescente se mit à fumer, et passa de « la fille totalement normale » à la fille « populaire ». Son style vestimentaire changea et sa façon de parler également ; les jurons entrèrent dans son vocabulaire, ce qui la rendait méconnaissable. Ses parents en étaient dévastés. Après de multiples débats épineux avec ces derniers, et malgré leurs inquiétudes, ils laissaient leur fille « vivre ».

« C’est sûrement la crise d’adolescence. »

Jusqu’au jour où Nadia déclara nonchalamment, lors d’un dîner en compagnie de son père :

« – J’ai eu 02/20 en maths.

– Pardon ?, aboya son père.

– Ca sert à rien les maths, opina Nadia.

– Attends Nadia, est-ce que tu t’entends ? Tu me déçois énormément. Il n’y a même pas deux semaines, tu étais notre fierté. Tu ne comprends rien ma pauvre, tu es la fille la plus chanceuse. Ta mère et moi on s’aime, on partage le même toit avec toi, on est une famille. Tu ne manques de rien. Quel est ton problème ?

– Mon problème ? VOUS êtes mon problème. Vous m’étouffez. Il n’y a même pas deux semaines je ne connaissais rien à la vie. Il n’y a même pas deux semaines… »

Sans pouvoir l’éviter, la main de son père s’abattit sur sa joue. Le visage brûlant, la joue endolorie, Nadia se mit à sangloter. Des larmes poisseuses qu’elle n’avait même pas envie d’essuyer. Puis, sans donner d’explications, son père quitta la table et sortit de l’appartement.

Après avoir expliqué ce conflit à Maxime, ce dernier proposa à Nadia de passer la nuit avec lui dans un hôtel. Il lui précisa ce qu’elle devait dire aux réceptionnistes. L’adolescente était excitée à l’idée de le rencontrer.

Quelques minutes plus tard, Nadia sortit de l’appartement telle une furie. Elle traversa les rues sombres de Paris, seuls les claquements de ses talons résonnaient et brisaient le silence. La jeune fille frissonnait de peur, mais aussi de froid. Le silence lui rappelait à quel point elle était en danger à cet instant précis : une jeune fille, dehors, seule, très tard dans la nuit, peu vêtue… Elle se sentait agressée par ce silence assourdissant alors que sa tête grouillait d’idées : la lycéenne réalisait qu’elle avait déçu ses parents, qu’elle était sortie du « couvent » dans lequel elle vivait, escortée par le diable en personne. Oui, l’influence qu’avait le lycée sur elle est une représentation du diable. Maxime et ses amis exerçaient une pression sur elle, mais elle aimait cette pression.

Le vent froid balaya la cacophonie silencieuse dans la tête de l’adolescente. Elle tremblait tandis que ses talons claquaient de plus belle sur le sol.

Nadia arriva à l’hôtel. L’atmosphère chaleureuse de ce dernier rassura la jeune fille. L’appréhension ressentie s’envola pendant un laps de temps.

« – Vous êtes ?, questionna le réceptionniste d’un air inquisiteur.

– Diana, quelqu’un m’attend dans la chambre 467, répondit Nadia d’une voix blanche.

– Ah, Diana. Je vois. Tenez. »

Le réceptionniste lui tendit donc la clé. Le dernier obstacle la séparant de Maxime fut enfin contourné. Nadia gloussa tandis qu’elle monta dans l’ascenseur. Chambre 467. Le cœur de Nadia battait la chamade. L’adolescente toqua puis ouvrit la porte. Elle se précipita à l’intérieur de la chambre, et fut tétanisée en voyant ledit Maxime allongé sur un lit, vêtu d’un peignoir. Elle hurla :

«  – Papa ?! »

Imane Elbab et Lina Elabdouni, 2nde 5

 

 

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