Des obstacles d’éthique à l’intégration économique de la femme au Maroc

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Le rôle de la femme pour moi, c’est qu’elle reste à la maison pour s’occuper des enfants, qu’elle fasse les tâches ménagères et qu’elle me préparer à manger quand je rentre du travail. » 

Voici la manière dont une grande majorité des hommes marocains perçoivent la femme en 2017 : une baby-sitter, femme de ménage, cuisinière. Il n’est donc pas étonnant que la femme ait du mal à s’intégrer économiquement étant donné que la mentalité des marocains reste très traditionnelle, voire « old-school ».

Bien que la promotion de la femme et son intégration au développement ait toujours fait partie des préoccupations des pouvoirs publics au Maroc, elle a cependant souffert d’une approche sociale et humanitaire, qui n’a donné que des résultats limités.

Des progrès… ou pas

Il est certain que des avancées plus ou moins importantes ont été réalisées en faveur de l’amélioration de la situation de la femme marocaine dans plusieurs domaines, notamment celui de l’éducation. En effet, la scolarisation des jeunes filles en milieu urbain progresse de 42% en 1970 à 48% en 1998 selon le Centre d’études et de recherches démographiques (CERED).

En matière de participation à l’activité économique, la population féminine active est estimée à 22,7% de la population active totale en 2013. La femme marocaine a réussi dans une certaine mesure à intégrer le marché de l’emploi, que ce soit dans le secteur privé ou dans l’administration. En outre, et grâce à la politique de planification familiale, la femme a une plus grande maîtrise de son corps puisqu’on note que les campagnes de vaccination touchent 82,5% de petites filles en 1995 contre 87,5% de garçons.

Par ailleurs, d’importantes transformations socio-démographiques se sont produites durant les dernières décennies : le taux de fécondité a baissé, le nombre de membres dans la famille s’est réduit, l’âge au premier mariage a reculé et les écarts d’âge entre époux se sont réduits.

Enfin, la féminisation de l’urbanisation (plus de 50% des migrants sont des femmes) influe positivement sur l’autonomie de la femme, surtout si la femme migrante rejoint son conjoint, car elle renforce dans ce cas son indépendance vis-à-vis des membres apparentés au mari.

Toutefois, ces avancées, tout en étant réelles, cachent de graves déficiences qui attestent de la précarité de la condition féminine au Maroc. En effet, environ 78% des filles de 12 à 14 ans dans les zones rurales ne suivent pas d’éducation formelle et le taux de participation féminine à l’économie ne dépasse pas 23%. C’est le triste constat du Fonds monétaire international (FMI) sur l’intégration économique des femmes au Maroc. Celui-ci indique que la réduction des inégalités entre genres peut stimuler la croissance économique du pays. En effet, le revenu par habitant pourrait bondir de 50% par rapport à son niveau actuel « si autant de femmes travaillaient que d’hommes« , affirme le FMI.

Etude CHOC

Selon l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) plus de 53% des jeunes femmes inactives ne peuvent travailler en raison de contraintes familiales, d’autant plus qu’un sondage sur les valeurs sociales réalisé par la JICA dans le cadre de cette étude révèle que 60% des marocains considèrent que pour une femme, être au foyer ou exercer un métier, c’est pareil. Une minorité (29%) des personnes sondées s’oppose à cette opinion, Néanmoins, 64% des marocains pensent que lorsqu’une mère travaille, cela a une influence négative sur l’éducation de son ou ses enfants, et 54% pensent que les hommes font de meilleurs managers que les femmes.

In fine, en ce qui concerne les mesures à prendre pour remédier au fléau, le Maroc, doit mettre l’accent sur l’amélioration de l’accès à l’éducation et l’alphabétisation dans les zones rurales pour les jeunes filles. Si rien n’est fait, le rapport entre la population généralement inactive et celle en âge de travailler pourrait même augmenter d’ici 2040, car la croissance démographique continue de chuter.

Hiba Rezzouk

 

Sources : UNICEF, CERED, FMI, L’Economiste

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