Sauvons les femmes et les enfants d’abord !

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Un bébé mort a été retrouvé dans la ville de Casablanca. Cette situation est aussi tragique que fréquente.

Hier, Inès, jeune fille de 18 ans accouchait de cet enfant. Cet être, elle l’a voulu ? Non. Elle l’attendait ? Non. Cet être, produit de son sang, n’est pourtant pas dans son cœur. Elle ressent envers ce bébé, une amertume sans nom. Il lui rappelle de mauvais souvenirs, il lui rappelle celui qui a brisé son cœur. Le père de cet enfant, lui a promis le mariage et l’amour infini. La naïve Inès, comme tant d’autres femmes amoureuses, a bu ses paroles et s’est donnée à lui. Mais, lorsque les prémices d’une grossesse sont apparues, son futur mari s’est soudainement inscrit aux portés disparus et elle ne l’a plus jamais revu. Inès ne peut assumer cet enfant seule et encore moins en parler à sa famille qui l’assassinerait au pire et la rejetterait au mieux. Ainsi, l’avortement semble être la meilleure des solutions. Bien qu’illégale au Maroc, elle savait qu’elle pouvait s’en débarrasser clandestinement. Or, sa grossesse étant trop avancée, personne ne voulut lui retirer ce qu’elle a considéré désormais comme un fardeau. Alors pendant 9 mois, Inès a vécu cachée de tous dans la honte et la peur qu’on découvre son secret, et a développé au fil du temps une haine envers cet être innocent fruit de son amour aveugle. Une fois la grossesse arrivée à terme, elle se rend à l’hôpital et donne au monde cet enfant non désiré et destiné à une vie ou à une mort aussi dramatique que l’histoire de sa mère. Hier Inès a accouché, aujourd’hui son enfant est mort.
La sexualité hors mariage, grand tabou de la société marocaine conservatrice musulmane, existe et est pratiquée par un grand nombre de Marocains, pour ne pas dire une majorité. Pourtant, au jour d’aujourd’hui, pour une jeune fille, être enceinte par relation hors mariage est la pire des choses qui puisse arriver. Les malheureuses ont généralement peu de choix. Souvent, comme Inès, elles renient leur enfant. On retrouve en effet 24 nouveaux-nés abandonnés chaque jour sans identité, ni généalogie, ou encore nationalité sans parler des cadavres trouvés dans les poubelles, ou même des bébés vendus, et peut-être bien utilisés pour des trafics d’organes.
En 2009, on comptait 27 000 naissances d’enfants illégitimes pour la seule ville de Casablanca. Ces pauvres bébés abandonnés qui n’ont rien demandé à personne, lorsqu’ils survivent sont condamnés à être en marge de la société. Il en est de même pour la situation des enfants illégitimes gardés par les mères célibataires. D’après l’article 456 du code pénal marocain : « l’enfant né hors mariage est  considéré juridiquement comme étant naturel, du fait que le père biologique ne le reconnait pas ». Néanmoins, la jurisprudence 446 va plus loin encore, puisque l’enfant né hors mariage est considéré comme bâtard à vie, même si le père biologique décide de le déclarer. Aicha Chenna, présidente de l’association Solidarité Féminine, raconte le cas d’un jeune homme de 22 ans, étudiant en deuxième année de droit, qui a décidé de passer l’examen d’entrée de la police. « Il l’a réussi et au moment de terminer son dossier, le responsable lui a demandé le nom de son grand-père. Devant l’absence de réponse, ce dernier a tout de suite compris que c’était un enfant né hors mariage, et par conséquent lui refuse d’intégrer la police ». Ces enfants de la honte, ne sont pas les seuls à vivre dans des conditions déplorables. Leurs mères aussi sont rejetées, d’abord par leurs familles qui mourraient plutôt que de vivre sous les regards inquisiteurs de leurs amis et voisins puis par la société toute entière. Les mères célibataires sont considérées par le code pénal (article 490) comme des prostituées, passibles d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an. Vous me direz : et le père dans l’histoire ? Après tout ce bébé est conçu par un couple. Eh bien la loi n’oublie pas de préciser depuis 2004 que si les pères ne reconnaissent pas leurs enfants nés hors-mariage, les mères doivent choisir dans une liste de nom, le nom de famille qui permettra ensuite de savoir que l’enfant est né de père inconnu et être mis au ban de la société.
Forcément avec tous ces risques, il est compréhensible que l’avortement soit une solution plus qu’opportune. De plus, depuis le 15 mai 2015, l’article 453 du code pénal stipule que l’avortement est autorisé. Mais, seulement en cas de « nécessité majeur », c’est-à-dire pour sauvegarder la santé de la mère. Bien sûr, les femmes qui ont les moyens peuvent toujours se rendre à l’étranger, là où c’est autorisé. Le Maroc compte aussi un grand nombre de médecins prêts à pratiquer l’IVG clandestinement dans des conditions précaires, non médicalisées et non sans danger. Mais pour certains médecins, le prix exorbitant de l’intervention vaut largement la prise de risque. Cependant, la situation financière de la majorité des marocaines ne leur permet pas un tel privilège.
Alors leur imagination déborde d’idées plus farfelues et périlleuses les unes que les autres. Les unes ont recours aux « méthodes naturelles » des herboristes qui vendent des plantes miracles et des mixtures douteuses provoquant des infections et font courir de grands risques aux femmes crédules. D’autres encore y vont de main forte en introduisant des objets pointus dans leur utérus pour rompre la poche des eaux. Oui mesdames et messieurs, ces femmes risquent leur vie pour se débarrasser de cet enfant et les séquelles ne sont pas moindres. C’est le cas d’une jeune fille de 19 ans, admise aux urgences de la maternité des Orangers. Le col de  l’utérus a été déchiré par l’introduction d’un objet pointu dans le vagin, en l’occurrence une aiguille à tricoter. L’instrument a percé un vaisseau sanguin et a causé une hémorragie. Elle décèdera 48 heures plus tard. La seule question que nous nous posons est : combien ? Combien de vies gâchées ? Combien de vies perdues ? Combien d’enfants abandonnés ? Combien de mères reniées ? Combien de morts ? Combien de drames pour changer les choses ?

A chaque heure 7 femmes meurent à cause d’un avortement non sécuritaireSlogan international, http://www.lejournalinternational.fr/

En 2017, un projet de loi est soumis par lequel l’avortement sera autorisé en cas de force majeure notamment lors de « grossesses qui résultent d’un viol ou de l’inceste » ou encore en cas de « graves malformations et de maladies incurables que le fœtus pourrait contracter ». Mais cela n’est pas suffisant ! Il y a encore tant de cas qui devraient pouvoir avorter librement. Pour mettre fin à toutes ces pratiques dangereuses, la seule solution serait d’autoriser l’avortement pour tous les cas et non seulement lorsque la santé est mise en péril. Car lorsqu’on parle de santé, on compte bien évidemment la santé physique qui est visée dans cette loi. Mais il ne faut pas oublier la santé mentale puisque d’après la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Alors, pour préserver la santé des patientes comme le stipule la constitution, il faut prendre en compte l’ensemble des sens donnés à la santé. Comme l’a dit l’actuel Ministre de la santé : « La femme devrait disposer de son corps. Si par exemple une femme démunie est enceinte et n’a pas les moyens de s’occuper de son enfant, comment va-t-elle s’en sortir ? Elle doit avoir le droit de décider (…) ». Selon moi, il faut absolument légaliser l’avortement, car ce n’est pas uniquement une question médicale, mais également sociale. » Bien sûr, on peut sensibiliser, donner une éducation sexuelle, expliquer l’utilisation des moyens contraceptifs. Mais cela n’empêchera pas les grossesses non désirées.
La vraie solution reste donc la légalisation complète de l’IVG. D’autant plus que son interdiction n’entraîne ni la diminution de ces actes, ni leur éradication. Au contraire, le statut illégal de cette pratique encourage la clandestinité et met de ce fait, chaque jour, la vie de centaines de femmes en danger.
Combien de fois faudra-t-il qu’on entende des lamentations comme cette femme qui dit : “ Comme j’aimerais être cette femme malade au point d’en mourir pour que vous puissiez me faire avorter. ”, “ Très bien. Je vais rentrer chez moi et me rendre malade… Malade au point que vous serez obligés d’interrompre ma grossesse !

LAAMOUMRI Yasmine & BOUABID Rhita

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